Leif Erikson (aussi écrit Leif Eriksson, Leifr Eiríksson en vieux norrois) est un explorateur viking né vers 970 en Islande, fils d’Erik le Rouge. Vers l’an 1000, il aborde les côtes de l’Amérique du Nord, qu’il baptise Helluland, Markland et Vinland, soit environ cinq siècles avant Christophe Colomb. Le site de L’Anse aux Meadows, à Terre-Neuve, atteste une présence norroise datée avec précision de l’année 1021.
On résume souvent son parcours par une formule choc : « le Viking qui a découvert l’Amérique ». La réalité est plus riche, et plus intéressante. Elle repose sur deux sagas islandaises rédigées deux siècles après les faits, sur des fouilles menées au Canada depuis les années 1960 et sur une poignée de légendes tenaces qu’il vaut mieux savoir reconnaître. Voici ce que l’on sait vraiment de lui, ce qui reste discuté par les historiens et les pièges à éviter quand on raconte son épopée.
Qui était Leif Erikson, le fils d’Erik le Rouge ?
Leif voit le jour vers 970, très probablement en Islande. Son père, Erik Thorvaldsson, est un homme au tempérament violent : déjà chassé de Norvège avec sa famille pour des meurtres, il est ensuite banni d’Islande pour les mêmes raisons. Pendant son exil, il explore une immense terre à l’ouest, puis revient chercher des colons pour s’y installer vers 985. C’est la naissance de la première colonie viking du Groenland, un nom choisi pour attirer les candidats au départ. Pour mieux comprendre ce personnage fondateur, notre portrait d’Erik le Rouge retrace son bannissement et l’aventure groenlandaise en détail.
Leif grandit donc à Brattahlíð, la ferme familiale installée au fond d’un fjord du sud-ouest groenlandais. Sa mère, Thjódhild, est une femme de rang. Il a deux frères, Thorvald et Thorstein, ainsi qu’une demi-sœur, Freydís, qui jouera elle aussi un rôle dans les expéditions vers l’ouest. La vie de la colonie repose sur l’élevage, la chasse au phoque et au morse, et le commerce de l’ivoire avec la Scandinavie. Le bois, en revanche, manque cruellement : ce détail pratique compte beaucoup pour comprendre l’intérêt des terres boisées situées plus à l’ouest.
Contrairement à l’image du pillard furieux, Leif apparaît dans les textes comme un homme mesuré, grand, fort et avisé. Il est marin et chef d’expédition, pas guerrier en transe : si vous cherchez une definition berserker et la place de ces combattants dans la société nordique, notre article consacré à leur légende fait clairement la différence entre ces deux figures.
Comment Leif Erikson a atteint l’Amérique du Nord
L’histoire commence avant lui. Selon la Saga des Groenlandais, un marchand nommé Bjarni Herjólfsson est déporté par la tempête vers 986 alors qu’il cherche à rejoindre le Groenland. Il aperçoit des côtes inconnues, boisées puis rocheuses, mais refuse d’y débarquer. Une quinzaine d’années plus tard, Leif rachète son navire, réunit un équipage d’environ 35 hommes et part vérifier ce récit. Il navigue vers l’ouest puis vers le sud et nomme trois territoires successifs :
- Helluland, la « terre des pierres plates » : un rivage de glace et de dalles rocheuses, généralement identifié à l’île de Baffin.
- Markland, la « terre des forêts » : des côtes basses couvertes d’arbres, que l’on situe le plus souvent au Labrador.
- Vinland, la « terre du vin » : une région plus douce, où l’équipage passe l’hiver, construit des maisons et trouve des baies ou du raisin sauvage.
Le campement hivernal prend le nom de Leifsbúðir, les « baraques de Leif ». La saga raconte qu’un membre de l’équipage, Tyrkir, d’origine germanique, revient un jour très excité d’avoir trouvé des grappes. Au printemps, le navire repart chargé de bois et de fruits, deux ressources précieuses pour une colonie privée d’arbres.
Pourquoi le surnom de « Leif le Chanceux » ?
Sur le chemin du retour, Leif repère des naufragés accrochés à un récif et les sauve, une quinzaine de personnes selon le texte. Il récupère aussi leur cargaison. Ce coup de fortune, ajouté au succès de son expédition, lui vaut le surnom de Leif hinn heppni, c’est-à-dire « le Chanceux ». Dans le monde nordique, la chance n’est pas un simple hasard : c’est une qualité personnelle, presque un signe de faveur, qui renforce le prestige d’un chef.
Leif Erikson et le christianisme : la mission du roi Olaf
Un autre épisode marque sa vie. Vers 999, Leif se rend en Norvège à la cour du roi Olaf Tryggvason, grand promoteur de la nouvelle foi. Il y reçoit le baptême et repart avec une mission : convertir les colons du Groenland. Sa mère adopte le christianisme et fait bâtir une petite église près de Brattahlíð, tandis que son père reste fidèle aux anciens dieux.
Cette conversion illustre un basculement de toute une époque. Les récits païens, avec Odin, Thor et les créatures annonciatrices du Ragnarök que l’on retrouve en explorant fenrir mythologie nordique, cèdent peu à peu la place à la religion chrétienne dans les colonies de l’Atlantique Nord. Dans la Saga d’Erik le Rouge, c’est d’ailleurs au retour de ce voyage en Norvège que Leif, dévié de sa route, tombe par hasard sur le Vinland. Les deux versions ne racontent donc pas la même histoire.
Les sagas de Leif Eriksson : deux récits qui se contredisent
Tout ce que l’on sait des voyages de Leif provient de deux textes islandais mis par écrit au XIIIe siècle, à partir de traditions orales. Ils concordent sur l’essentiel mais divergent sur des points importants, ce qui explique les différences d’une source à l’autre sur le web.
| Point de comparaison | Saga des Groenlandais | Saga d’Erik le Rouge |
|---|---|---|
| Premier à voir les terres | Bjarni Herjólfsson, vers 986 | Leif lui-même |
| Circonstances du voyage de Leif | Expédition volontaire pour explorer les côtes décrites par Bjarni | Découverte accidentelle en revenant de Norvège |
| Rôle de Leif | Explorateur principal, il hiverne au Vinland | Découvreur, mais la tentative de colonisation est menée par Thorfinn Karlsefni |
| Ton du récit | Plus ancien et plus factuel selon de nombreux spécialistes | Plus marqué par la dimension chrétienne et le prestige familial |
Les historiens accordent souvent un peu plus de crédit à la Saga des Groenlandais, mais aucune des deux n’est un compte rendu fidèle au sens moderne. Il faut les lire comme des récits littéraires contenant un noyau historique, que l’archéologie a en partie confirmé.
L’Anse aux Meadows, la preuve de la présence viking en Amérique
Pendant des siècles, le Vinland est resté une affaire de textes. Tout change en 1960, lorsque l’explorateur norvégien Helge Ingstad et l’archéologue Anne Stine Ingstad identifient des vestiges à L’Anse aux Meadows, à la pointe nord de Terre-Neuve. Les fouilles menées de 1961 à 1968 mettent au jour huit structures en tourbe, une forge, des scories de fer, une épingle en bronze et une fusaïole utilisée pour filer la laine. Le style des bâtiments est typiquement norrois, comparable à celui du Groenland et de l’Islande.
Deux découvertes ont particulièrement marqué les chercheurs. D’abord, des noix cendrées retrouvées sur place : cet arbre ne pousse pas à Terre-Neuve, ce qui prouve que les occupants ont navigué plus au sud, sans doute jusqu’au golfe du Saint-Laurent. Ensuite, une étude publiée en 2021 a daté le bois travaillé sur le site grâce à la trace laissée dans les cernes des arbres par une tempête solaire de l’an 993. Résultat : des Vikings coupaient des arbres sur place en 1021, exactement. C’est la plus ancienne date certaine d’une présence européenne sur le continent américain.
Faut-il pour autant y voir le camp de Leif ? Rien ne le prouve. Le site ressemble davantage à une base de réparation et de transit, occupée peu de temps, qu’à un village permanent. Il est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1978.
Leif Erikson en dates clés
- Vers 970 : naissance en Islande.
- Vers 985 : installation de la famille au Groenland, à Brattahlíð.
- Vers 986 : Bjarni Herjólfsson aperçoit des terres à l’ouest.
- Vers 999 : séjour en Norvège et baptême auprès du roi Olaf Tryggvason.
- Vers 1000 : expédition vers Helluland, Markland et Vinland.
- 1021 : date attestée de coupe de bois à L’Anse aux Meadows.
- Vers 1020 ou 1025 : mort de Leif au Groenland ; son fils Thorkell reprend la ferme.
Après le voyage de Leif, son frère Thorvald tente à son tour l’aventure et meurt lors d’un affrontement avec les habitants que les sagas appellent Skrælingar. Thorfinn Karlsefni essaie ensuite d’implanter une communauté avec femmes et bétail : son fils Snorri serait le premier enfant européen né en Amérique. Mais l’hostilité des populations locales, l’éloignement et le faible nombre de colons condamnent rapidement l’entreprise.
Erreurs fréquentes sur Leif Erikson et conseils pour bien en parler
Le personnage attire autant les passionnés que les raccourcis. Voici les approximations les plus courantes, et la manière juste de les corriger.
- « Il a découvert l’Amérique. » Le continent était habité depuis des millénaires par des peuples autochtones, et Bjarni aurait aperçu ces côtes avant lui. La formulation exacte : il est le premier Européen connu à avoir posé le pied en Amérique du Nord continentale.
- « Il a fondé une colonie durable. » L’implantation au Vinland n’a duré que quelques années au plus. La vraie colonie familiale est celle que son père a créée au Groenland, qui a tenu près de cinq siècles.
- Le casque à cornes. Aucun casque viking à cornes n’a été retrouvé pour cette période. Cette image vient des costumes d’opéra du XIXe siècle.
- La carte du Vinland. Ce document, longtemps présenté comme médiéval, a été déclaré faux par l’université Yale en 2021 : son encre contient un composé de titane utilisé seulement à partir du XXe siècle.
- La pierre runique de Kensington. Trouvée dans le Minnesota en 1898, elle est considérée comme une falsification par la grande majorité des runologues. Les vraies inscriptions nordiques ont un tout autre contexte, que l’on retrouve en s’intéressant aux runes et magie tradition nordique telles qu’elles étaient pratiquées en Scandinavie.
- Vinland signifie forcément « terre du vin ». C’est la lecture dominante, mais certains linguistes proposent « terre des prairies », à partir du mot norrois vin, pâturage. Le débat n’est pas tranché.
Le meilleur réflexe consiste à distinguer trois niveaux : ce que disent les sagas, ce que prouve l’archéologie et ce qui relève de la légende moderne. Dater ses affirmations et citer le nom de la saga utilisée évite la plupart des confusions.
L’héritage de Leif Erikson, de Reykjavik aux écrans
Aux États-Unis, le 9 octobre est officiellement le Leif Erikson Day depuis 1964. La date ne correspond pas à son voyage : elle rappelle l’arrivée à New York, en 1825, du navire Restauration, qui transportait l’un des premiers groupes d’immigrants norvégiens. Le Canada s’associe aussi à cette célébration, chère aux communautés d’origine scandinave.
À Reykjavik, une imposante statue de bronze se dresse devant l’église Hallgrímskirkja. Elle a été offerte par les États-Unis en 1930, à l’occasion du millénaire de l’Althing, le parlement islandais. D’autres monuments lui rendent hommage à Seattle, à Boston ou à Duluth.
La culture populaire s’est emparée de lui avec enthousiasme. La série Vikings : Valhalla en fait l’un de ses héros, et le personnage apparaît dans plusieurs jeux sur les vikings qui mettent en scène la navigation et l’exploration de l’Atlantique Nord. Pour beaucoup de passionnés, Leif incarne une facette moins guerrière de l’âge viking : celle de la curiosité, du savoir-faire maritime et de l’audace face à l’inconnu. C’est aussi cette part d’aventure que l’on retrouve dans les symboles nordiques portés aujourd’hui en bijou ou en accessoire, comme un clin d’œil aux grands navigateurs du Nord.
Leif Erikson a-t-il vraiment atteint l’Amérique avant Christophe Colomb ?
Oui. Les sagas placent son expédition vers l’an 1000 et les vestiges de Terre-Neuve confirment une occupation norroise en 1021, soit 471 ans avant le premier voyage de Colomb en 1492. La différence tient surtout aux conséquences : le passage des Vikings est resté sans lendemain, alors que celui de Colomb a ouvert la colonisation européenne.
Où se situait le Vinland de Leif Erikson ?
Sa localisation exacte reste inconnue. L’Anse aux Meadows en constituait probablement une porte d’entrée, mais les noix cendrées retrouvées sur le site suggèrent que le Vinland désignait plus largement les régions bordant le golfe du Saint-Laurent, voire le Nouveau-Brunswick.
Quelle est la bonne orthographe : Leif Erikson ou Leif Eriksson ?
Les deux sont correctes. Le nom original en vieux norrois est Leifr Eiríksson, littéralement « Leif, fils d’Eiríkr ». En français, on rencontre Leif Erikson, Leif Eriksson ou Leiv Eriksson, cette dernière forme suivant la graphie norvégienne moderne adoptée par certaines encyclopédies.
Où et quand est mort Leif Erikson ?
Il serait décédé au Groenland, dans le domaine familial de Brattahlíð, entre 1019 et 1025 environ. Les sources indiquent qu’il n’est jamais retourné au Vinland après sa première expédition et qu’il a consacré la fin de sa vie à diriger la colonie fondée par son père.
