À Birka, sur une île du lac Mälar en Suède, les archéologues ont fouillé une tombe du IXe siècle, longtemps présentée comme la sépulture guerrière par excellence. Contre le défunt, quelqu’un avait calé un plateau de hnefatafl. Un plateau de jeu, au milieu de tout le reste. Ce détail change l’image qu’on se fait des Vikings : entre deux raids et deux traversées, il y avait des nuits d’hiver sans fin, et il fallait bien les occuper.
Les plateaux en bois ont fini sur les écrans. On joue aujourd’hui au hnefatafl dans une appli, et ceux qui préfèrent la chance à la stratégie ouvrent plutôt une session sur un casino en ligne avec Cashlib. Mais l’envie de départager un soir d’hiver autour d’un plateau ou d’un dé n’a pas bougé depuis mille ans.

Hnefatafl : un roi au centre, des ennemis tout autour
Le nom se traduit à peu près par « table du roi ». Le principe tient en trois lignes. Au milieu du plateau, un roi et quelques défenseurs. Autour, un camp adverse bien plus nombreux. Le roi doit s’échapper vers un coin ou un bord, les attaquants doivent l’encercler avant.
Les pièces avancent en ligne droite, comme la tour aux échecs. Une pièce prise en tenaille entre deux adversaires quitte le plateau. Les deux camps ne se battent donc pas à armes égales, et c’est ce qui fait tout l’intérêt du jeu : celui qui est en minorité doit ruser, l’autre doit serrer l’étau sans rien laisser filer.
Un point à connaître avant de se lancer : on ne sait pas exactement comment les Vikings y jouaient. Très peu de descriptions anciennes ont survécu, et les règles ont varié selon les régions et les époques. Celles qu’on utilise aujourd’hui sont une reconstitution, faite à partir des textes, des plateaux retrouvés et d’un peu d’intuition. Il existe même des championnats, avec leur jeu de règles officiel.
Ce que racontent les fouilles
Les plateaux et les pions sortent de terre depuis plus d’un siècle. Des pièces de jeu ont été trouvées à Repton et à Torksey, en Angleterre, là où des armées vikings ont passé l’hiver. Une autre a été retrouvée à Lindisfarne, le monastère frappé par le raid de 793. On devine la scène : des hommes armés, bloqués par le froid, qui sortent un plateau pour tuer le temps.
Les matériaux disent aussi quelque chose du statut. En Suède, des archéologues ont dégagé en 2005 vingt-trois pièces en ambre déposées sur une tombe. De l’ambre, pour des pions. Le jeu n’était pas réservé aux pauvres, et il y avait de quoi se montrer.
Dernier détail, plus curieux. Dans les tombes, on ne trouve pas assez de pièces pour équiper les deux camps. Une hypothèse circule : chaque joueur venait avec sa propre armée, comme on viendrait aujourd’hui avec son jeu de cartes.
Dés et jeux de hasard : ce qu’on sait, ce qu’on ignore
En vieux norrois, tafl désigne les jeux de plateau en général, pas seulement le hnefatafl. Les échecs, eux, se disaient skáktafl. Les sagas montrent des hommes en train de jouer, et un chef nommé Rögnvaldr, qui vivait juste après la fin de l’âge viking, rangeait le tafl parmi ses talents. Savoir jouer, c’était presque une qualité sociale.
Pour les dés, les fouilles ont livré des exemplaires sur plusieurs sites vikings. Les jeux de hasard existaient donc bel et bien. Sur les mises, en revanche, les sources sont discrètes. Qui pariait quoi, et combien, personne ne peut l’affirmer sérieusement. Méfiance donc avec les récits qui voient des fortunes en argent jouées à chaque partie : ils ajoutent beaucoup à ce que les textes disent.
Comment les échecs ont pris la place
Les échecs sont arrivés en Europe du Nord à l’époque viking. Pendant un temps, les deux jeux ont cohabité sur les mêmes tables. Puis, à partir du XIe siècle environ, les échecs ont pris le dessus et le hnefatafl s’est replié dans les campagnes. Les deux jeux se ressemblent trop pour avoir vécu ensemble longtemps.
Il a pourtant résisté loin des grandes villes. Le botaniste Linné en a décrit une variante, le tablut, chez les Samis de Laponie. Et les célèbres pièces d’échecs de Lewis ont peut-être servi aussi pour le tafl, selon certains chercheurs.
Rejouer comme les Vikings
Pas besoin de grand-chose pour monter une partie à la maison.
- Matériel : un plateau de 11 cases de côté, en bois ou en tissu, avec 24 attaquants, 12 défenseurs et un roi
- Règles : elles varient, alors fixez-les avant le premier coup (taille du plateau de 7 à 13 cases, sortie par un coin ou par un bord, roi pris sur deux ou quatre côtés)
- Ordre de jeu : ce sont les attaquants qui ouvrent la partie
- Version numérique : plusieurs jeux sur PC et mobile proposent un tutoriel qui explique les règles en quelques minutes
Pour débuter, prenez les règles dites de Copenhague, très répandues dans les versions numériques.

